Le blanc décati

Où donc as-tu migré mémoire d'âge et de pierre?
Quelque part dans l'ombre sous l'averse des temps.

Où donc t'es-tu blottie vieille peine qui murmure?
Sous la peau se côtoient la grâce et la misère.

Où donc trouver refuge d'âme en quête de pénombre?
Mais vivre devient douteux et la grâce fugitive.

Où donc crier la terre, ses lambeaux, ses miroirs?
Quiconque acquiert le fruit le conduit à sa perte.

Où donc s'exiler par bribe au naturel?
Sous ton portique d'automne ma mémoire oubliée.

Où donc s'épuiser à l'image de Sisyphe?
Dans le blanc décati de la largeur des toiles.

L'oeuvre de glaise

Etre de glaise pétri par une main qui doute
De la largeur d'un torse, de la rondeur d'un sein
Et finir masse humaine sous une cage en verre
Dans un musée quelconque, sous une lumière blafarde.

Etre émeraude, améthyste sur un doigt qui frémit
Pour perdre sa lumière sur les peaux vieillissantes
Des bourgeoises qui s'excitent au bord d'une tiède tisane
En tricotant l'ennui dans un bourrelet de chair.

Etre de grève humide et subir toutes les vagues
Pour servir de tablette aux index calligraphes
De vulgaires initiales qu'en soustrait aux prénoms
De jeunes filles en fleurs qu'on chérit en silence

La voûte

Céleste ou de cage
La voûte
Tel l'oiseau blessé
L'homme
Dans ses limites.
Achevé. Seul
Dans sa fébrile
Insularité.
Pourquoi ces ailes
De torture.
Céleste ou de cage
La voûte.
A quand le chant final
De l'oiseau blessé ?

Fleuve automnal

Que l'on sache donc
Que le fleuve automnal
Qui se meut dans l'espace
De chaque vaste étendue
Marie l'ivresse des cimes
A sa grise fluidité

Que l'on sache donc
Que le fleuve hivernal
Qui s'inscrit dans l'espace
De chaque veine éclatée
A connu les délires
Et compris les abysses

Automnes en procession

Souffle
De désir
A l'écoute
De l'étrange
Cadence
Lunaire

Refuge
Ombre idéale
Creuse
Où s'abstraire
Est présent

De vie, rien
Qu'ombre
D'écume vouée
A l'infernal
Délire

Refuge
Patent de terre
Jaunie
Enveloppée De brouillard
Distrait

Tièdes épices
Fleurs
D'ambre
D'automnes
En procession

Se vêtir
De repères
Pour tresser
Un réseau
D'ombre idéales.

Gravités sans âge

Toi souvent qui te lestes
De gravités sans âge
Comment prendre congé
De l'épaisseur d'autrui ?

La stratégie oblique
Des humains insipides
Aux limites qu'ils ignorent
Elargit à l'extrême
Mes espaces de trêve.

L'ordre en gris

Mon éclosion passive dans un décor pervers

Et mon naufrage figé dans des idées des plomb

Ont signé rapidement l'automne et son congrès

L'ordre en gris de ton rire et le pire en désordre

Ont semé l'aventure à l'échelle de mon être

Mes écarts d'écriture comme repères d'existence

Ont du temps d'intermède, hérité la saveur

Nous étions dans la brume et tu parlais de trêve.

Tranche de soleil

C'est l'atmosphére qui vibre des senteurs des oeillets,

C'est le jour qui frémit et c'est l'aube des damnés.

Et je tremble en songeant aux délices éphémères.

C'est l'enfant qui délire et la bouche qui chuchote,

C'est le voile , l'élixir et la sève montante.

Et je chante en riant les refrains éternels.

C'est une tranche de soleil dans ta grise lassitude,

C'est une tranche de soleil dans une assiette d'argille.

Et je ris en chantant le refrain de l'enfance.

Le plus vaste des espaces

Et l'espace fit surgir, le plus vaste des espaces
Vers les cimes qu'on assiège de peur et de surcroît
Les matrice inondées de lumière, qu'à leur front
Portent cousus d'or les blancs tableaux que j'aime

Matrices de fleurs et de pénombre
D'onde bleue et de cendres
D'essences , d'instants
De lumière
Et de hasards construits

Ecoutons , tu veux bien , les gris échos que j'aime
Envahir notre enclos on ne peut plus réduit

La vie

C'est la transe lyrique et le départ serein
C'est le verbe , le mouvement et la lyre et le luth
C'est le rythme et l'oubli et la mémoire des ages

Tout se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est l'angoisse lumineuse et la main de l'épouse
C'est la femme poitrinaire et l'enfant qui gémit
C'est l'instant sursitaire des amants qui s'ignorent

Tout se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est l'anneau planétaire,
L'aubépine , le jasmin
C'est la fleur , l'utérus et l‘enfant grabataire
C'est l'ennui liminaire et sa brisure secrète

Tout se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est l'étreinte et la gloire de la maîtresse furtive
C'est le sceau des mémoires et ton air exilé
C'est la chimère sans voix et le corps cacochyme

Tous se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est le traître soupir ,le bourgeon , le pistil
Le sursaut de l'orgueil, l'ironie et les pleurs
C'est le rythme intérieur de la main qui frémit

Tous se meut et s'ordonne autour du firmament.

C'est la danse et le rire, le blasphème et l'ivresse.
La moiteur des aisselles et le bruit de L'offense
C'est le froid de l'asphalte un matin de décembre

Tous se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est le nacre fêlé et la brisure secrète
C'est le cerne fruit de veilles aux contours incertains
C'est le mythe d'aimer à un rythme pluriel

Tous se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est la main qui palpite au moment du partir
C'est le voile déchiré qui surplombe la mer
C'est la pluie dévoyée qui féconde la terre

Tous se meut et s'ordonne autour du firmament

C'est le piège déjoué par l'alouette naïve
C'est un prénom de femme accroché aux étoiles
C'est la page souillée par ce poème sans fin.......

Tous se meut et s'ordonne autour du firmament

Quand périr est présent...

Mais qu'est donc à tes yeux
L’harmonie qu'ont espère?
L’harmonie n' est qu' un chant à la recherche d’ une voix

Mais comment expliquer que tu chéris la mer ?
La mer n'est qu'une écume à la recherche de flots.

Mais que veut dire la soif qui de crainte m’envahit ?
La soif n'est qu'une goutte à la recherche de lèvres

Mais où réside ton sens et ton rapport au fruit ?
C’est le sens du fleuve à la recherche d’un cours .

D’où tires-tu ton ivresse et ta tiède nonchalance ?
De l’alchimie des mots, de la magie du verbe .

Qui revêt ton angoisse aux heures blanches de la nuit ?
Elle se pare de brume en recherchant un ciel .

Que veut dire liberté quand périr est présent ?

Brisures

Des visages émaciés des enfants de nulle part.
Leurs espoirs trop fêlés ont désertéles corps,
Ont moirci les verso de nos pages trop indignes.
Ils glanent les miettes des brisures qui s’ajoutent,
En attisant la flamme au prix des démesures.

De leur yeux surbaissés suintait une vague lumière.

Lumière délavée des enfants de la balle,
Et regards effacé de nos pales orphélines.
Qui trahissent des trésors intérieurs et sereins,
En s'ouvrant sur des sites que découpent nos mémoires.

Le temps, maître des lieux , où leurs pleurs périront.

Leurs souffles qui jaillissent l’emportent sur nos passions.
On voit sourdre de leurs flancs quelques volutes secrètes,
Voulant masquer le feu des cendres qui s’affolent.
Des espoirs embusqués qui fusent sous la bannière.

Le maître des brisures est le temps anonyme.

Anonyme trajectoire de leurs follesidées,
Qui indiquent au poète ses étapes d’errance.
Car le beau , comme le vent , se moque des équations.
Et conjugue au pluriel le vertige des espaces.

Espaces de vertige , de cruelle dérision.

Le chemin vertical

Le Chemin vertical qui va de pierre en ronce,
De rêve arborescents en sourires tarifiés,
Aires de fuite aux frontières des enfants que nous fumes,
A la limite des ages incrédules et patients,
Se débauche à chaque mont en confortant nos pas.

Au moment du partit, dans sa course conviviale,
L’enfant d’hiver sourit , avant l’heure d’écoute,
Le pouvoir du signe se complait dans l’énigme,
Et conjugue le doute à chaque délié de plume,
Car toute aire de fuite fait vaciller l’espace.

Et, à l’extrême de l’art

Et, à l’extréme de l’art, le mouvement pendulaire.

Fameuses dentelles de vie et d’espaces de scènes,
D’exorcisme efficace et de signes éphémères,
De magie dérisoire , d'arythmie de moments,
De couleurs travesties qui maquillent le péril.
Et les mythes pluriels des mouvements de surface,
Et la trame matricielle des fantasmes fertiles,
Ont , des aguilles menaçantes de l’horloge intérieure.
Le goût tendre et pervers des rires asymétriques.

Et , à l'extrême de l'art, le mouvement pendulaire ..

Asphyxie

C’est l’indigence qui peuple,

Les enclos où l’on meurt

D’asphyxie grisonnante,

Et de mots qu’on mâchouille

Qui vit d’indifférence

A l’ombre des périls.

Et qui se glorifie,

De l’ordre et du devoir.